En soins du pied, une grande partie de chaque journée se passe penché en avant et immobile, près du sol. Ce n'est pas l'effort le problème, c'est l'immobilité. Voici ce qu'elle provoque, et pourquoi il vaut la peine de changer.

Vous étirez votre dos entre deux patients sans même y penser. Vous vous agenouillez sans décider de le faire, car c'est simplement ainsi que vous atteignez le pied. Et à un moment, vous vous êtes dit que cela faisait partie du métier.
Presque tous les spécialistes se reconnaissent là-dedans. Presque aucun n'appelle cela un problème.
Un soin dure quinze, vingt minutes. Multipliez cela par une journée entière de patients, une semaine de travail, une carrière, et la plus grande partie de votre vie professionnelle se passe dans une seule position, au ras du sol.
Vos muscles ne craignent pas l'effort. Ils craignent l'immobilité. Un muscle qui alterne contraction et relâchement entretient lui-même sa circulation sanguine. Un muscle qui tient une position, non.
Les unités motrices se relaient
Les mêmes fibres travaillent en continu
Le sang circule au rythme du mouvement
La tension prolongée comprime les vaisseaux
Le rythme cardiaque suit l'effort
Le rythme cardiaque reste bas
L'oxygène suit la demande
L'apport reste limité
Les déchets s'évacuent entre les contractions
Les déchets s'accumulent et restent
Le résultat, ce sont des micro-lésions du tissu musculaire qui ne se réparent jamais complètement. C'est le point de départ de chaque trouble musculo-squelettique dans cette profession.
Observez aussi la tête : pour garder la zone de travail en vue, la nuque est forcée loin vers l'avant et vers le bas, une position non naturelle par rapport au patient, maintenue immobile pendant toute la durée du soin.
Une étude danoise a suivi 944 travailleurs pendant quatre ans, mesurant leur posture par accéléromètre et leurs arrêts maladie via le registre national. Chaque tranche de cinq minutes supplémentaires par jour penché en avant au-delà de 30 degrés était associée à un risque d'arrêt maladie de longue durée supérieur de 4%. Au-delà de 60 degrés, 8%.
Ces travailleurs passaient en moyenne 40 minutes par jour penchés en avant. Les soins du pied ne sont pas un métier moyen.
Gupta N et al. Does occupational forward bending of the back increase long-term sickness absence risk? Scandinavian Journal of Work, Environment & Health, 2023.
« La contrainte statique est un tueur silencieux. Les dégâts s'accumulent lentement et sans qu'on s'en aperçoive. », Hanneke Knibbe, IZZ / ZZP Magazine De Zorg
La plus vaste étude du genre a interrogé 948 podologues en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni. Ses conclusions se lisent difficilement autrement que comme un avertissement.
Le deuxième chiffre est celui qui compte le plus. Près de la moitié des lésions surviennent durant les cinq premières années, et non au terme d'une longue carrière. Trois quarts des personnes touchées ont modifié leur façon de travailler, alors que seulement 58% en ont parlé à un responsable ou à un collègue. Les autres se sont adaptées en silence et ont continué.
Williams CM, Penkala S, Smith P, Haines T, Bowles KA. Exploring musculoskeletal injuries in the podiatry profession: an international cross-sectional study. Journal of Foot and Ankle Research, 2017.
Le personnel qualifié est rare, et ce sont précisément les personnes que vous formez qui sont les plus exposées durant leurs cinq premières années. Les cabinets qui prennent l'ergonomie au sérieux font état d'une plus grande satisfaction de leurs équipes et recrutent plus facilement sur un marché où le personnel qualifié est difficile à trouver.
Lire les avis des praticiensLa posture est le problème. Changez donc la posture, pas la personne.
Tout sur cette page découle d'une seule chose : le travail se situe au niveau du sol et vous descendez le rejoindre. Inversez cela, et le mécanisme n'a plus rien sur quoi agir. Plus de penché avant prolongé. Plus de position à genoux. Plus d'immobilité à la limite de votre portée.
Une étude allemande a mesuré les postures de douze infirmières lors de soins courants. Debout au-dessus d'un lit bas, elles passaient 87% du temps penchées en avant. Remonter le travail à hauteur de hanche et travailler assis a nettement augmenté le temps passé en position droite, et plus elles restaient droites, moins elles jugeaient le travail pénible.
La conclusion des chercheurs : des hauteurs de travail réglables et des assises permettent au personnel soignant de passer nettement plus de temps dans une posture ergonomique.
Freitag S, Ellegast R, Dulon M, Nienhaus A. The Effect of Working Position on Trunk Posture and Exertion for Routine Nursing Tasks. Annals of Work Exposures and Health, 2014.
Aucune obligation, seulement une invitation ouverte à envisager une meilleure façon de travailler.
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